Discours de Pierre Lellouche,
Député & Conseiller de Paris
Etats-Généraux de lUMP-Paris
Parc Floral 16 avril 2005
Monsieur le Président, Mon Cher Nicolas,
Monsieur le Premier Ministre,
Chère Dora Bakoyannis, fidèle amie avec qui jai longtemps travaillé lorsque nous étions tous deux en charge des relations internationales de nos partis respectifs, toi à Nea Demokratia, moi au RPR,
Chers Amis, élus, militants et sympathisants de lUMP-Paris,
Les campagnes électorales je crois que tu en as une certaine expérience mon Cher Nicolas, sont propices aux rumeurs et aux petites phrases. Je crois quil nest pas inutile que je commence mon propos par vous donner mon sentiment sur au moins lune dentre elles. Jentendais dire, et vous entendiez dire aussi, à mesure que nous approchions de la date de ces Etats-Généraux que la procédure de désignation de notre candidat en vue des prochaines municipales à Paris, mise en place, dès son élection par notre Président Nicolas Sarkozy, serait en fait un vaste écran de fumée, une vraie fausse procédure en quelque sorte. Elle ne servirait en fait quà préparer le parachutage, après les présidentielles et les législatives de 2007, dun nouveau sauveur de la 25ème heure, comme nous en avons tant connu par le passé. Autrement dit, mes chers Amis, tout cela, vous tous, nous tous ici aujourdhui, nous ne servirions à rien, sauf à amuser la galerie. Mieux, jai même lu dans un grand journal du soir cette semaine, que ta procédure Nicolas, ne serait, je cite quune « une machine à tuer ».
Et bien moi, je vais vous dire mon sentiment, mes chers Amis, sans détours, et avec la franchise que vous me connaissez. Cette procédure nest pas une « machine à tuer » mais à reconstruire lUMP à Paris. Je sais quelle va réussir ; je sais que toi, Nicolas, et que vous, mes chers amis, vous allez faire en sorte quelle réussisse, tout simplement parce que nous y avons tous intérêt.
Toi, Monsieur le Président, parce tu veux opérer un changement de culture fondamental au sein de notre famille politique, en érigeant comme principe cardinal, le vote des militants pour la désignation de nos candidats et de nos responsables. Et oui, Paris sera lexemple de ce changement pour lensemble de nos fédérations et pour notre pays tout entier.
Quant à vous, mes chers amis, militants et sympathisants de lUMP, vous qui représentez ici le peuple de la droite et du centre qui reste majoritaire en voix à Paris, vous en serez les premiers acteurs, parce que vous navez quune hâte : que Delanoé sen aille, que sen aillent aussi ses alliés communistes et leur idéologie mortuaire dun autre âge, que sen aillent enfin ses amis verts qui ont la couleur de lécologie, mais le goût amer de lintransigeance intégriste. Je sais que vous navez comme moi quune hâte, que Paris soit mieux gérée, plus propre, plus active, moins asphyxiée, plus solidaire, bref quelle se reconstruise un avenir.
Et cest vous, qui pour la première fois, désignerez le 25 février 2006 celui ou celle qui portera nos couleurs face à la municipalité sortante.
Alors, je sais que la tâche est difficile et jentends même dire ici ou là que le combat serait perdu davance, au moins pour ce coup-ci. Quil faudrait au mieux, se concentrer sur deux ou trois arrondissements à lEst. Je sais aussi quà Paris, la plupart de nos militants et sympathisants sont à lOuest, comme la plupart de nos candidats dailleurs, tandis que nos problèmes et la reconquête se situent à lEst. Mais je veux vous affirmer ceci : aucun combat nest perdu davance, avant davoir été livré.
Sinon à quoi tout votre travail, à toi Jean-Jacques, à toi Raoul, à toi René, Roxane, Claude-Annick, Patrick, Jean,
à quoi tout ce travail servirait-il ?
Je veux vous dire une autre conviction : parce que je suis élu à la charnière de ces deux mondes qui compose désormais Paris, parce que lEst, je connais, jen sors, parce que le petit peuple de Paris à lEst parisien est orphelin despoir, je sais que je peux, peut-être mieux que dautres, aller chercher ces voix-là, ces voix du Paris populaire.
Car, si nous voulons regagner Paris, il nous faudra reconquérir lEst parisien.
Et dès lors, si vous voulez comme moi regagner Paris, je ne doute pas quau jour de notre élection interne, vous naurez, au-delà de toutes les préférences ou des affinités locales que vous aurez pu tisser avec tel ou tel de nos amis dans vos circonscriptions, quune seule question en tête : quel est parmi nous celui ou celle qui peut battre Delanoë, et qui pourra pour cela gagner les voix à lEst.
Ah, il y a une autre rumeur : on dit de moi que je voyage beaucoup, sous entendu, beaucoup trop ! Que je mintéresserais davantage à la prolifération des armes nucléaires à Téhéran quà celles des déjections canines rue La Fayette.
Je pourrai bien sûr vous dire que le Maire de Paris nest pas - sans manquer de respect aux amboisiens - celui dAmboise ou de Bourg en Bresse. Que Paris est une des lumières du monde et quelle doit le rester et que son Maire doit être une personnalité internationale, comme la été jadis Jacques Chirac, quand il exerçait ces fonctions. Mais là nest pas mon propos.
Et puisque lon parle voyage, laissez moi vous parler de mon premier et de mon dernier voyage. Mon premier voyage, javais cinq ans, cest celui dun de ces nombreux jeunes enfants français déracinés qui sont passés du soleil de la Méditerranée à la pluie grisâtre du canal de lOurcq, du confort des colonies à un squat du 19e, puis parce que lascenseur social fonctionnait encore dans la République dalors, de lécole de la rue Jomard à Sciences Po, Harvard et à lAssemblée nationale, où je tente chaque jour, de rendre à la République tout le bien quelle ma fait.
Mon tout dernier voyage, vous allez le comprendre nest pas si éloigné du premier. Il nest pas très vieux, non plus. Cétait hier matin, rue de Provence au Paris Opéra Hôtel, un de ces nombreux meublés modestes qui dans le 9e et dans lEst de Paris servent à héberger pour le compte du Samu Social ou du Centre dAction Sociale, des centaines et des centaines de familles en grande difficulté majoritairement immigrées, et qui attendent à cinq ou six dans chaque pièce des papiers et limprobable réalisation de leur Eldorado français. Hier matin, 21 personnes dont une majorité dorigine ivoirienne, et de nombreux enfants ont trouvé la mort dans un incendie, et jai vu de mes yeux et les corps calcinés et les familles en larmes. Et combien de dizaines dautres hôtels parisiens, et combien de centaines dautres familles connaissent la même vie aujourdhui à Paris dans des conditions plus sordides du côté de la rue Caillé, rue du Département, ou sous les voûtes du tunnel de la Porte Pouchet
.
Voyez vous, mes chers Amis, ce sont entre autres ces deux voyages là qui expliquent mon engagement en politique. Et que jai voulu animer notre atelier « solidarités » aujourdhui.
La solidarité, cet idéal inscrit au fondement de notre pacte républicain, régresse et bat en retraite dans le Paris de la Gauche caviar. Au lieu de défendre à grands renforts de publicité des causes aussi nobles que celles dAbu Jamal et Battisti, Monsieur Delanoé ferait bien de soccuper dune Capitale qui avec un taux de chômage de 12 % et le 2e taux de pauvreté de la région Ile de France après la Seine Saint-Denis, voit 30.000 personnes vivre dans la rue chaque jour et 10.000 la nuit ! Monsieur Delanoë ferait bien de sintéresser aux centres dhébergement durgence comme celui du boulevard Ney, qui rappelle limmédiat après-guerre au lieu du 21e siècle. Monsieur Delanoë ferait mieux de coordonner et de soutenir le travail des associations comme le Restos du Coeur qui chaque année distribuent toujours plus de milliers de repas et de vivres à un nombre toujours croissant de familles en grande précarité. Voilà la réalité du Paris de 2005 !
Comment ne pas voir que notre Capitale est devenue aujourdhui le concentré des fractures qui minent la société française toute entière, le miroir grossissant des détresses qui fragilisent notre pays, nourrissant le terreau du racisme, de lintolérance, de linsécurité, et désormais du refus dEurope !
Fracture sociale, fracture communautaire, fracture géographique, et désormais fracture immobilière, cumulent dangereusement leurs effets sur les rives de la Seine.

Si nous Parisiens, portons tous dans notre cur, la nostalgie du creuset social, de la mixité de nos quartiers qui étaient la marque de fabrique unique au monde de ce Paris dAmélie Poulain, cest que nous sentons bien que notre Paris, sous nos yeux est en train insensiblement de se scinder en deux villes distendues, qui ne se parlent plus, ni ne se regardent. En un tête à tête autiste qui rappelle celui des grandes cités américaines entre les quartiers pour gens aisés à lOuest de plus en plus chers, et les quartiers de plus en plus paupérisés à lEst, séparés par un centre administratif et des affaires déserts la nuit.
Il nest pas possible de construire lavenir de Paris, pas plus quil est possible daméliorer la vie au quotidien des Parisiens, si on ne traite pas en priorité les grands dossiers de la solidarité, c'est-à-dire ceux du lien social à Paris. Cest ce que nous avons commencé de faire ce matin dans latelier qui ma été confié, en traitant les quatre points suivants:
- faciliter la vie des plus fragiles
- assurer la santé des parisiens
- privilégier les familles
- assurer la sécurité, première condition de la solidarité
Vous comprendrez que le temps qui ma été imparti mempêche de vous rendre compte dans le détail du foisonnement didées et des discussions très riches qui se sont tenues à la fois dans chacune de nos 21 circonscriptions ces dernières semaines et dans latelier de synthèse que nous avons tenu ce matin.
Du premier volet consacré à la santé, je retiens les points suivants, non sans avoir remercié les « grands témoins » qui ont bien voulu introduire le sujet ce matin : le Professeur David Khayat, Président de lInstitut national du Cancer et le Professeur Payen de la Garanderie, Chef du service des urgences de lhôpital Lariboisière.
Tous deux ont souligné la désorganisation complète de lhôpital du fait des 35 heures. Celle-ci se traduit à la fois par des conditions de travail extrêmement difficiles - surtout pour les personnels urgentistes - et des temps dattente inacceptables de 4 à 6 heures pour les patients.
Cela implique concrètement du Maire de Paris, Président de lAPHP de ne pas se cantonner dans le rôle de voyeur impuissant de la santé à Paris, mais de prendre enfin des mesures énergiques, en assurant :
1. Un plan de redéploiement hospitalier à Paris.
2. Linitiative de soins de proximité, c'est-à-dire les dispensaires de quartier aujourdhui disparus afin de soulager les services durgences.
3. Quil fasse en sorte que les personnels hospitaliers, notamment les infirmières, mais ceci vaut aussi pour les pompiers, les policiers, et les assistantes maternelles - puissent être les premiers bénéficiaires du logement social à Paris. Savez-vous que 70% des infirmières et la moitié des pompiers parisiens quittent leur emploi au bout de cinq ans pour aller en province ! Quil manque 110 infirmières à Lariboisière, alors que 250 infirmières diplômées, au chômage, sont en liste dattente pour un emploi au CHU de Nantes !
4. Enfin, un nouvel élan doit être insufflé par la Ville et lEtat pour relancer la recherche médicale et lexcellence de la médecine parisienne au niveau international.
Deuxième volet : Soulager la condition des plus fragiles.
Cette uvre là a commencé avec Jacques Chirac qui fut le premier à initier la création du SAMU Social, mais le chantier hélas est immense et ne cesse de saggraver tant lampleur de la précarité ne cesse de croître. Ainsi le nombre des demandes est en progression de 25% dune année sur lautre.
Ce matin, notre atelier a révélé lexplosion de la misère à Paris : laugmentation constante du nombre de repas servis par les Restos du coeur (+4% pour la campagne 2004-2005) atteste de cette dégradation. Toutes les associations, et notamment Antoine Boutonnet, Directeur de la Croix-Rouge de Paris, présent ce matin et les différents responsables que jai rencontrés ces dernières semaines réclament des moyens accrus, davantage de locaux, dinfrastructures et de coordination mutuelle. Linitiative exemplaire dite des « Jardins » des Restos du cur en fournit la démonstration éloquente : le secours apporté aux plus fragiles na de sens que sil débouche sur un accompagnement efficace à la réinsertion.
Car le meilleur service quon puisse rendre aux exclus, cest déviter de les installer dans lassistance prolongée, cest de les aider à reprendre toute leur place dans la société. Cest pourquoi jespère aussi que la campagne des « primaires » sera une occasion de tenir un discours de vérité sur la grande pauvreté et sur les moyens de lendiguer. Contre les faux-semblants idéologiques et les songes creux de lex-gauche plurielle, il y a urgence à mettre les points sur les « i ». Non, le traitement social de la misère ne suffit pas à instaurer une solidarité efficace envers les plus démunis. Il doit converger avec des facilitations au retour à lemploi. Dans une ville comme la nôtre, qui affiche un taux de chômage de 12%, cette nécessité prend un relief particulièrement crucial.
Mais ne nous leurrons pas : ce défi soulève une question qui excède largement les compétences des municipalités, une question qui engage, en fait, notre politique dimmigration. Comme Nicolas Sarkozy nous y engage, ouvrons un débat sans fard sur limmigration et sur lintégration ! Si 170.000 immigrés continuent à entrer chaque année en France, nous risquons dasphyxier notre système social. Limmigration doit être gérée par la Nation et non subie. Cest le droit de notre Nation que de contrôler limmigration et non de la subir, faute de quoi nous allons nous priver des moyens de réinsérer les plus fragiles.
3. La reconquête de la solidarité, cest aussi une politique municipale renouvelée à lendroit des familles. Et je remercie le Professeur Françoise Forette, ma collègue Marie-Thérèse Hermange, Philippe Streiff et Emmanuelle Revolon davoir apporté leur témoignage.
La politique familiale doit être repensée dans tous ses éléments et à la lumière des nouvelles évolutions de la société : je pense à lallongement de la vie, aux familles recomposées, à la monoparentalité et à lhomoparentalité, qui est aussi un fait de société.
Qui dit famille, dit logement, et tous nos travaux unanimes ont démontré notre détermination à combattre lémigration forcée des classes moyennes hors de la capitale. Notre électorat attend une autre politique de logement qui permette aux classes moyennes de rester à Paris. La famille et le logement, cest aussi la possibilité pour nos seniors, mais aussi les personnes handicapées de demeurer à Paris, malgré la spéculation et la vente à la découpe. Jai moi-même travaillé sur ce point avec le Ministre du Logement Marc-Philippe Daubresse.
La famille, cest aussi la garde des enfants. Domaine où une prochaine municipalité doit faire preuve dimagination à partir du statut nouveau des assistantes maternelles que nous venons de voter à lAssemblée, et grâce au recours aux crèches privées ou dentreprises dont ce matin nous avons vu plusieurs exemples réussis. Exemple qui contraste avec les bilans frelatés de Monsieur Delanoë en matière de création de berceaux.
Enfin, enfance et jeunesse veulent dire aussi sport, et nos militants se sont montrés très attentifs à ce que les éventuelles retombées des Jeux olympiques à Paris ne se traduisent pas par des projets pharaoniques, mais par la création dinfrastructures au service des Parisiens.
Quatrième volet enfin : la sécurité.
Avec tous les Parisiens, les militants saluent le travail de la police parisienne dopée par lancien Ministre de lIntérieur, et quillustre lamélioration spectaculaire des chiffres de la délinquance à Paris. Linsécurité demeure toutefois un combat quotidien. Il ne faut évidemment pas baisser la garde.
Reste aussi que le transfert des pouvoirs au Maire de Paris en matière de circulation sest traduit par une politique ubuesque de punition anti-voitures, sans pour autant améliorer loffre de transport en commun avec le résultat que nous connaissons tous aujourdhui : une ville asphyxiée voire paralysée, une augmentation de la pollution, une explosion du nombre des deux-roues, et des accidents dont sont victimes ces deux-roues. Autant de dérives qui là encore exigeront un autre plan de circulation imaginatif et ambitieux pour la Capitale.
Enfin, jai évoqué ce matin un sujet qui me tient à cur et depuis longtemps. Elu du centre de Paris, du quartier des grands magasins et de la Gare Saint-Lazare où transitent chaque jour plusieurs millions de personnes - je suis, pourquoi le cacher ? - obsédé par le danger dune attaque terroriste dans notre capitale. Je nai pas oublié le 11 septembre new-yorkais, ni le 11 mars madrilène et je consacre beaucoup de temps à travailler sur ces questions avec les pompiers notamment, mais aussi avec dautres organismes officiels. Et je constate que je suis bien seul dans ce combat. Or, malheureusement, il est plus que probable que dautres grandes villes européennes soient dans les années qui viennent victimes dune attaque hyper-terroriste, éventuellement avec des armes de destruction massive. La question hélas nest pas si et quand.
Je ne veux pas glacer lassistance en terminant mon propos avec de telles perspectives, mais il mapparaît indispensable que le Maire de Paris ne se désintéresse pas de cette question, et quau contraire il en fasse une de ses premières priorités. Jai vu tout récemment à New-York avec le Commissionnaire chargé de la sécurité à quel point lensemble des services de sécurité new-yorkais était mobilisé face à ce péril. A Paris, des progrès importants ont été accomplis depuis lexercice Piratox, conduit par le Gouvernement de Jean-Pierre Raffarin mais soyons lucides : il reste beaucoup de chemin à parcourir.
Voilà, Cher Président, Mes chers Amis, résumés à grands traits le sens du débat qui commence aujourdhui au sein de lUMP-Paris et les premiers enseignements de nos discussions de nos réflexions sur le dossier clé de la solidarité à Paris. A nous de le poursuivre tous ensemble dans lunité, à nous de préparer et de gagner lalternance.
Japporterai tout au long de cet exercice toute mon énergie et mes idées. Et vous déciderez. Et que le meilleur gagne et merci de votre attention.
Pierre LELLOUCHE
Commentaires